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30 May

La famille Germain (1941-1996)

Publié par Paolpi Erwan  - Catégories :  #Robert Germain (1941-1987)

 

            A partir de 1941, le domaine de Nolet prend une autre dimension grâce à un pied noir  originaire de la Mitidja, Robert Germain, un agronome dynamique qui a bâti sa fortune dans l’exploitation fruitière. Il commença à s’intéresser à Nolet bien avant 1941. Il racheta la Société Immobilière du domaine de Nolet créée en 1933 avec l’achat de terres à l’épouse de Louis Morel (période de validité de la société du 11 janvier 1933 au 13 décembre 2023). Monsieur Germain a acheté le domaine de Nolet bien avant la guerre d'Algérie, donc ce n'est pas pour lui un moyen de se refaire du fait de la perte de l'Algérie. Par contre, a-t-il senti le vent tourner à temps et a-t-il pu vendre ses biens en Algérie?

Le choix du Sud-ouest de la France n'est pas anodin car Monsieur Germain connaissait déjà la région. D'autre part, le prix des terres y était parmi les plus bas de France. La faiblesse des revenus agricoles de beaucoup de domaines engageait souvent les propriétaires de grosses métairies à s'en décharger. Il était donc relativement facile dans presque tout le Sud-Ouest, soit d'acquérir d'importants domaines d'un bloc, soit de grouper plusieurs petites propriétés pour constituer une exploitation d'un volume suffisant. Ce grand viticulteur d'Oranie, propriétaire de 3000 ha d'orangers en Algérie possédait la plus grande exploitation viticole d'Algérie, le domaine de Keroulis, exploité en société anonyme et fondé en 1919 par la famille Germain. En 1941, Robert Germain étend son domaine et rachète successivement de nouvelles terres pour étendre son exploitation, château y compris à l’Altesse Sérénissime Princesse de Ligne qui s’en sépara. Un achat ambitieux qui permit au domaine de Nolet d’atteindre dans sa période la plus prospère plus de 320 ha de culture, ce qui plaça le domaine au rang de modèle arboricole européen à partir des années cinquante[3], de plus ses fruits étaient vendus dans le monde entier. Il apporta des améliorations technique et humaine au domaine.

A une échelle beaucoup plus vaste, la culture fruitière était devenue la grande spécialité du domaine de Nolet sur 140 ha. Les pommiers, les pêchers, les pruniers étaient cultivés avec une précision toute scientifique. Pour mener à bien son projet de culture, il fit appel à un expert Raymond Petit qui était un des meilleurs exploitants de la culture des pommiers en Algérie qu’il fit venir à Nolet depuis le domaine de Kéroulis et de Tlemens en Algérie et accompagné également des familles suivante : Segarra, Nespoulous et Pulicani ce dernier est nommé directeur du domaine de Nolet à partir de 1941 jusqu'à sa retraite en 1974.

 
La famille Germain (1941-1996)

            Le domaine de Nolet a été le premier domaine à vocation arboricole acheté et créé en France par le groupe de Monsieur Germain. Aucun verger de cette envergure n’existait lorsqu’ont été entreprises les premières plantations selon le modèle des plantations américaines et ses méthodes inspirées d’Algérie, par Raymond Petit. Pour mener à bien le projet, Robert Germain fait expédier des tonnes de canaux d’irrigations par transport ferroviaire et utilise les wagons militaires pour acheminer son chargement. Un autre expert, le géomètre André Blanchot de Grenade dessina les plans des plantations du domaine dont un de deux mètres sur deux qui était exposé au château de Nolet.

Monsieur Petit et le plan des vergers de Nolet dessiné par André Blanchot

Monsieur Petit et le plan des vergers de Nolet dessiné par André Blanchot

      

          La culture diversifiée du domaine de Nolet

 

             L'exploitation occupait une superficie totale de 316 hectares. La superficie cultivable était de 281 hectares mais la superficie plantée était de 170 hectares. Les terres sont plates, profondes et riches, spécialement dans la zone alluvionnaire qui s'étend sur 100 hectares. La moitié du domaine est transformé à grand frais en un immense verger irrigué, tandis que le reste est mis en culture. Les pommiers à eux seuls occupaient 70 ha environ. Irrigués grâce au pompage des eaux de la Save par neuf motopompes électriques assurant un débit total de 655m3/heure, les vergers de Nolet étaient en pleine production dans les années soixante. Sous un climat subissant la double influence atlantique et méditerranéenne, il permettait toutes les cultures céréalières, fruitières, légumières et d'ornements, dans la seule région d'Europe où l'on pouvait avec le même succès cultiver côte à côte, le pommier sur 86 hectares : 59% de Golden Delicious et 41% d’Américaines rouges, le poirier, le pêcher sur 16 hectares : 86% Américaines jaunes et 14% de nectarines rouges, le prunier sur 49 hectares : 93% de prune d’Ente et 7% de Stanley et le noyer sur 19 hectares : 96% Noix de Grenoble ou franquette et 4% Noix Corne du Périgord. Les frais d’exploitations pour un hectare de pommiers en rapport dans le domaine de Nolet se répartissent à peu près comme suit : traitements 47%, fumures 30%, mains d’œuvre 16%, carburant 5%, divers 2%

La famille Germain (1941-1996)

            Le domaine de Nolet a été mécanisé. Le nouvel exploitant a amené avec lui une partie de son matériel. Bœufs de travail et chevaux de trait des anciens domaines ont été vendus et remplacés par des tracteurs lourds et légers. Le parc habituel des machines, charrues défonceuses et charrues à disques, de distributeurs d'engrais, semoirs mécaniques...avait été constitué avec une généreuse abondance. Dans l'esprit de ces agriculteurs d'un genre nouveau dans le Sud-Ouest, il ne s'agissait pas seulement d'économiser de la main-d’œuvre. Le but essentiel était de renouveler la puissance de production de la terre qu'il avait acquise: la machine permettait d'obtenir une application rationnelle des labours. Dans un pays habitué à la traction animale, ces agriculteurs juchés sur leurs tracteurs faisaient figure de révolutionnaires. Même dans les domaines où, avant eux, une partie du travail était mécanisée, on était loin de cette conception d'une exploitation du sol tout entière motorisée.

Maurice Matabiau sur une charrue tractée par un bœuf au domaine de Nolet, entre 1950-1960 (Annie Bégué)

Maurice Matabiau sur une charrue tractée par un bœuf au domaine de Nolet, entre 1950-1960 (Annie Bégué)

Maurice Soum, ouvrier agricole sur un tracteur Caterpillar

Maurice Soum, ouvrier agricole sur un tracteur Caterpillar

           Les fruits récoltés sont vendus sous la marque propre du domaine de Nolet après des manipulations mécaniques pour le triage et l'emballage. Elles pouvaient se comparer à celles qui avaient fait la réputation de ses exploitations fruitières de Californie. Les variétés américaines « Golden Delicious » et « Delicious Rouge » étaient connues mais n’avaient pas été encore mises en grande culture dans le pays. Les premières plantations de pommiers effectuées à partir de 1941 ont été déficitaires les onze premières années correspondant à la période de création.

Emballage des pommes de Nolet en 1956 (Archives Jean Dieuzaide)

Emballage des pommes de Nolet en 1956 (Archives Jean Dieuzaide)

Les ouvrier(e)s dans le Vergers de Nolet (1970) :Yvette Christin, Anne-Marie Begue-Paolpi, Jeannine Tortelli, Simone Reginato, Pierre, Michel Christin.

Les ouvrier(e)s dans le Vergers de Nolet (1970) :Yvette Christin, Anne-Marie Begue-Paolpi, Jeannine Tortelli, Simone Reginato, Pierre, Michel Christin.

 

          Un conflit mondial et un contexte difficile (1939-1945)

 

            De 1939 à 1945, la France est en guerre contre l’Allemagne et de surcroit le pays est occupé par les Allemands. Devant s’exiler face à l’instabilité du climat régnant, Robert Germain gère son affaire depuis l’Algérie et confie les affaires de Nolet à Raymond Petit, nommé directeur, qui le renseigne par courrier de l’activité du domaine. D’après ses lettres, on sait qu’il vivait très mal de ne pas pouvoir approcher son domaine de plus près ; de plus il lui fallait rembourser le découvert pour assurer la bonne marche de Nolet et financièrement il lui était impossible d’injecter de l’argent. Les Allemands interdisaient tous les virements ou transferts de fonds entre l’Algérie et la France sous peine de sanctions sévères.

Pendant ce temps-là, le château de Nolet est réquisitionné et transformé en quartier militaire, occupé par les troupes allemandes de la deuxième division Waffen SS de la « Das Reich » commandées par l’officier commandant du bataillon de pionnier, Mr Siegfried Brosow entre 1940 et 1945. L’activité continua normalement et le bataillon allemand se ravitaillait en produit laitier dans la laiterie de Nolet mais faisait également la tournée des laiteries voisines. Le personnel de Nolet continua d’entretenir le château malgré l’occupation à l'image de la gouvernante Simone Devaux et des employées Elvire et Bambine Paolpi (photo des trois ci-dessous en 1942, Valérie Paolpi).

La famille Germain (1941-1996)

 

             Les métamorphoses du château de Nolet

 

               A la fin de la guerre, Monsieur Germain revient en France et entreprend un vaste chantier de rénovation du château et construit des logements modernes pour l’époque destinés aux ouvriers appelés « cités-jardins ». Il métamorphose le château à l’extérieur, recrée un cadre raffiné qu’il a voulu en tout point digne du passé de cette demeure aristocratique et retire la balustrade qui  bordait la terrasse tout au long de la façade est du château. Il fait retirer l’enduit blanc extérieur qui recouvrait les briques foraines par des prisonniers allemands et couronne en 1956 les grandes baies vitrées du rez-de-chaussée d’auvents blancs dans l’air du temps. Le domaine de Nolet entre dans sa phase d’expansion et Robert Germain termine les travaux de rénovations du château.

Le château de Nolet (façade est) couvert de crépis blanc avant sont retrait en 1946 (carte postale des éditions Jordy)

Le château de Nolet (façade est) couvert de crépis blanc avant sont retrait en 1946 (carte postale des éditions Jordy)

Fin des travaux de rénovations, en 1954, façade ouest, (Editions Cely)

Fin des travaux de rénovations, en 1954, façade ouest, (Editions Cely)

 

           Le domaine de Nolet, modèle de l’agriculture en France et en Europe

 

            Les affaires reprennent à partir de 1952, le domaine de Nolet connaît quatorze années bénéficiaires et prospères (sauf en 1960, année où il a gelé le 1er mai). Par achat de terres successives, il a constitué un immense domaine. La production du domaine était variée (170 hectares de plantation), on y cultivait les pommes, les pêches (en 1956, les pêchers ont été arrachés de la plaine pour les remplacer par des pommiers), les noix, les poires et les prunes sur une superficie de 316 hectares. Il fait construire un centre de triage et d’emballage pour ses fruits à Nodery avec des installations modernes de la marque Berthelot. Ses méthodes sont unanimement reconnues par ses pairs. Les terres passent à la société « Vergers d’Aquitaine » regroupant plusieurs affaires agricoles juridiquement indépendantes les unes des autres qui sont regroupées sous la direction de  Monsieur Germain.

 


 

usine de Nodery

usine de Nodery

Triage des noix dans l’usine de Nodery, en 1975 (J. Dieuzaide)

Triage des noix dans l’usine de Nodery, en 1975 (J. Dieuzaide)

L’emballage des pommes, usine de Nodery en 1975 (J. Dieuzaide)

L’emballage des pommes, usine de Nodery en 1975 (J. Dieuzaide)

Le conditionnement des fruits était réalisé dans l'usine et sont stockage avait lieu dans les chambres frigorifiques de l'usine de Nodery.

Le conditionnement des fruits était réalisé dans l'usine et sont stockage avait lieu dans les chambres frigorifiques de l'usine de Nodery.

 

          Les cités-jardins du domaine de Nolet

 

          L'entretien et le fonctionnement de l'activité du domaine de Nolet nécessitaient beaucoup de monde. Les immigrants italiens, premiers venus, se renseignaient sur les fermes disponibles, les visitaient, puis informaient les compatriotes susceptibles d’être intéressés. Il y avait au domaine de Nolet une communauté diversifiée. Il y avaient des familles italiennes : Bardi, Simore, Demari, Guilardi, Boraso, Ambrosio, Zabotti, Reginato, Tortelli, Valdare, Paolpi, Querin, Botosso, Carollo, De Biasi, Copetti, Zaminer, Alamandri, Seguerra, Azzopardi, Abella, Dario, Conte, Fabris, Morgante, Decorte, Sido, Pugliese, etc... Des familles françaises : Devaux, Soum, Berthoumieux, Courette, Petit, Tissinié, Marmouget, Geromel, Loste,  Gonceau, Potentier, Leduc, etc.…et espagnols à l’image des Guardiola ou encore marocaines.

                Vers 1960, Robert Germain fît construire plusieurs logements avec le concours de l'architecte Roland Simounet qui élabora le projet des cités-jardins de Nolet. Même si le cadre de vie était donc très important, la nécessitée d’une telle entreprise est dut également au besoin d’accueillir une partie de ses employés restés en Algérie. La situation politique instable de ce pays laissait à penser à Monsieur Germain qu’il lui faudrait probablement songer à quitté l’Algérie à cour terme.

         De nombreuses familles vivaient dans les cités-jardins construites aux alentours du château, situées près des hangars et de l'étable et chaque ouvrier avait aussi en plus du logement, un jardin et un poulailler. Les bâtiments étaient répartis en plusieurs groupes, une villa pour le directeur, trois villas de cadres, vingt six logements pour le personnel (douche et toilette) et sept bureaux tous en parfait état d'entretien à l'époque. Il y avait plus de trois mille mètres carré couverts, en ateliers, hangars, entrepôts, magasins et garages ainsi que les installations, dortoirs et cantine très modernes pour 170 ouvriers saisonniers, espagnols pour la plupart, recrutés par Gérard Guardiola.

  Les logements de personnel bénéficiaient d'un confort (chauffage, sanitaire) à partir des années soixante qu'on ne rencontrait pas toujours dans une exploitation agricole. Leur nombre résultait du type d'exploitation arboricole nécessitant une main d'œuvre permanente logée sur place. Il y avait une cantine pour 170 personnes ainsi que de nouveaux bureaux. La cantine était gérée par Elvire Paolpi, Joséphine Guilardi, Louise Seguerra et Augusta Fabris. Elles y servaient chaque mercredi le goûter aux enfants du domaine juste après le cours de catéchisme donné par Roger Mazeliere, Abbé d’Aucamville, à partir de 1958.

 

 

La famille Germain (1941-1996)
La famille Germain (1941-1996)
La famille Germain (1941-1996)

 

          Le cours de catéchisme à la cantine de Nolet

 

          L’Abbé Mazelière demeurait au presbytère, aujourd’hui mairie d’Aucamville. Ce dernier exerçait le catéchisme pour les enfants du domaine à la cantine et leur proposait de répondre à des questions sur un sujet d’actualité de leur choix et de l’illustrer. Il en choisissait un qu’il ne manquait pas de présenter le dimanche matin lors de la messe qu’il tenait dans l’église d’Aucamville.  Chantal Soum, fille de Maurice Soum ouvrier au domaine de 1960 à 1970 garde un bon souvenir de cet épisode : « Pour la messe, le dimanche matin, je rejoignais Nolet ou une famille (Guardiola…) m’emmenait avec leurs enfants à l’office à Aucamville. Mes parents me donnaient quelques pièces pour la quête. Je « détournais » une pièce pour suivre mes camarades à l’épicerie et achetais des pailles de poudre ! Un épisode que j’avouerai bien plus tard à ma famille ».

 La famille Paolpi dans les cités-jardins de Nolet entre 1946 et 1970 (Annie Bégué)
 La famille Paolpi dans les cités-jardins de Nolet entre 1946 et 1970 (Annie Bégué)
 La famille Paolpi dans les cités-jardins de Nolet entre 1946 et 1970 (Annie Bégué)

La famille Paolpi dans les cités-jardins de Nolet entre 1946 et 1970 (Annie Bégué)

Les anciens bureaux et dortoirs du domaine de Nolet (Jean Dieuzaide, 1968)

Les anciens bureaux et dortoirs du domaine de Nolet (Jean Dieuzaide, 1968)

            

         La calèche du domaine de Nolet

  

          Le premier car scolaire a été mis en place par Robert Germain au domaine de Nolet avec une calèche tirée par Pompon et bien plus tard avec une camionnette conduit par Sylvain Paolpi chauffeur du domaine. Il avait la camionnette du domaine à sa disposition ce qui était un avantage pour l’époque car il y avait très peu de voitures.

Elvire Paolpi devant la calèche de Nolet devant le château en 1942 et son fils en 1944
Elvire Paolpi devant la calèche de Nolet devant le château en 1942 et son fils en 1944

Elvire Paolpi devant la calèche de Nolet devant le château en 1942 et son fils en 1944

          Les fêtes de Noël au château de Nolet

 

            A la jonction de l’aile Nord et de la façade Est du château, se trouvait le Grand[1] Salon, une somptueuse pièce aux stucs de style Louis XVI. La plus belle pièce d’apparat servit de cadre à de brillantes réceptions et accueillait à partir des années cinquante le Noël des enfants du domaine qui était à la hauteur des lieux.

 

Le grand salon du château de Nolet au milieu des années cinquante   (Valérie Paolpi et Chantal Huckert)
Le grand salon du château de Nolet au milieu des années cinquante   (Valérie Paolpi et Chantal Huckert)

Le grand salon du château de Nolet au milieu des années cinquante (Valérie Paolpi et Chantal Huckert)

             Les enfants du domaine partageaient le goûter de Noël. Robert Germain organisait les festivités avec l’aide de Raymond Petit et son épouse. Tous participaient activement aux préparatifs d'usage pour une telle soirée. Le personnel du château organisait des animations pendant qu’Elvire et Joséphine préparaient la bûche de Noël. Les pralines, les mandarines faisaient le plaisir des enfants. Madame Balzame née Petit se souvient : "J'ai eu une enfance très heureuse à Nolet, des souvenirs plein la tête et encore très présents malgré le temps qui passe: les jeux dans le parc, les arbres de Noël que préparait un mois à l'avance ma maman aidée bien sur de l'irremplaçable Elvire". Un film était projeté chaque année, c’était l’occasion pour les enfants de faire leur première expérience du grand écran : Chantal Huckert, fille de Maurice Soum, âgée de dix ans à l’époque garde un bon souvenir des années 60-70 : « c’est au domaine de Nolet que j'ai vu pour la première fois un film sur grand écran "Ali baba et les 40 voleurs" avec Fernandel ».

         Les enfants du domaine apportaient leurs contributions à la soirée et ils préparaient un grand spectacle pour l'occasion et divers sketches étaient joués. Lors de cette brillante soirée, Raymond Petit et son épouse préparaient la remise des cadeaux. Chaque employé du domaine recevait une caisse pleine de belles oranges, envoyées depuis les orangeraies de  la famille Germain en Algérie. Les enfants repartaient avec un très joli cadeau plus une photo individuelle de la soirée. Chantal Huckert se souvient aussi que « Monsieur et madame Petit très appréciés, passaient à la maison tous les ans pour nous faire choisir notre cadeau de Noël ».

Remise des cadeaux par Madame Petit et le père Noël entre 1965-1971)
Remise des cadeaux par Madame Petit et le père Noël entre 1965-1971)

Remise des cadeaux par Madame Petit et le père Noël entre 1965-1971)

Des spectacles grandioses se tenaient dans le salon d’apparat : photographies 1953 et 1950
Des spectacles grandioses se tenaient dans le salon d’apparat : photographies 1953 et 1950

Des spectacles grandioses se tenaient dans le salon d’apparat : photographies 1953 et 1950

           

           Un domaine récompensé pour son travail

 

            Toutes les améliorations techniques et humaines apportées au domaine font l’objet d’un vaste sujet d’étude dans les livres d’économies, mais aussi dans le monde de l’agriculture qui n’hésite pas à réaliser par le biais du Ministère de l’Agriculture et de la télévision française un reportage en 1975 sur l’activité modernisée du domaine. La famille Germain règne désormais sur un domaine dont la réputation dépasse les frontières.

La famille Germain (1941-1996)

 Quel  avenir après Robert Germain ?

       

          En 1969, Monsieur Germain a la double responsabilité de chef de famille et de chef d’entreprise. Prévoyant et soucieux de l’avenir de son entreprise (Groupe « les Vergers d’Aquitaines ») et de sa famille, dans l’hypothèse de sa succession, il fait examiner le cas de son décès, qui ouvrirait selon les spécialistes une succession très lourde de droits, conscient des risques et des problèmes financiers pouvant être courus aux ayants droit (ses deux enfants). Il doit prendre en considération les souhaits éventuels de ces deux derniers, ceux-ci étant désireux de s’orienter dans une voie tout à fait autre que l’agriculture. Il réalisa une expertise de ses différentes affaires. Celle-ci  en déduit qu’il fallait réaliser une vente d’une partie des actifs[1], les productions fruitières n’apparaissant plus comme suffisamment rentables dans l’expansion constante des affaires. Le domaine de Nolet, était le plus grand site d’exploitation fruitière d’Europe et nécessitait beaucoup plus d’investissements que les autres domaines du groupe Germain et son chiffre d’affaire est apparu également inférieur aux autres domaines du groupe.[2]. Les experts conclurent que la mise en vente du domaine de Nolet dans ce cas s’imposait de lui-même et ce avant 1973 et qu’elle ne risquerait pas de provoquer un déséquilibre même momentané du groupe, soit par diminution du chiffre d’affaire, soit par compression de l’équipe, et dégagerait des liquidités pour entreprendre l’expansion et les diversifications nécessaires. Le domaine fût proposé à la vente sans succès dans quatre hebdomadaires étrangers.[3] Ils ont omis de faire apparaître l’annonce en France dans l’hebdomadaire « la Vie Française ».  Auparavant plusieurs investisseurs sont approchées, comme l’archiduc Robert d’Autriche, le Vicomte le Hardy de Beaulieu ou Monsieur Henry Cordier, propriétaire d’un domaine proche de Nolet. Mais tous déclinèrent la proposition avec courtoisie parce qu’ils avaient déjà beaucoup de travail, l’activité de leur domaine suffisant amplement et d’autres n’avaient pas les moyens techniques et humains pour gérer une grande affaire comme celle de Nolet. Monsieur Henry Cordier, propriétaire d’un verger voisin à celui de Nolet précisa lors d’une discussion avec un envoyé de Monsieur Germain, que même s’il était en mesure de s’intéresser à Nolet, une loi datant de l’époque où Pisani était ministre de l’agriculture (62 ou 64) interdisait le remembrement cumulé[4].

 


[1] Le groupe « Vergers d’Aquitaine » était propriétaire des parts de l’actif de la S.C.I du domaine de Nolet et la Caisse Nationale du Crédit Agricole propriétaire du  passif de l’entreprise.

[2] Lavalade, Griffoul, Gaujac et Aquitaine

[3] Le Handelsblatt (Allemagne), le Helsevier (Hollande), Il Sole 24 Ore (Italie), La Métropole (Belgique).

[4] C’est-à-dire au-delà d’un certain plafond de superficie au sein d’un même département, la SAFER locale ferait automatiquement valoir son droit de préemption.

 

        La succession (1986-1996)

 

             Robert Germain  a accompli une œuvre considérable révélée  par des qualités d’homme d’affaire, qualités humaines attachantes et surtout fondé le groupe « Vergers d’Aquitaine » en exploitant les circonstances au mieux de ses intérêts. Grâce à lui, un puissant groupe était entré d’un coup dans l’histoire de l’agriculture en France. Néanmoins, l’heure de la famille Germain n’avait pas encore sonné dans la plaine du Tarn-et-Garonne et l’activité continua après le décès de Monsieur Germain en 1986. Les affaires de Nolet sont coordonnées par sa fille Catherine qui prend la suite de son père jusqu’en 1996 appuyée du soutien de Monsieur Duchemin, directeur financier de Nolet. Le parc ne cessa jusqu'à la fin du XXème siècle de faire l’objet d’aménagements. Une piscine fut construite dans les années 80. La famille Germain s’est lancée dans une nouvelle culture celles des champignons : la Pleurotes et la Girolles mais le coût d’exploitation des champignons et d’énergie exorbitant dépassait fortement le coût de leur vente mais cela n'a pas amorcé la faillite. Fin 1996, le domaine connut sa plus terrible crise et Madame Chini-Germain pris la décision difficile de cesser l’activité de Nolet. Une partie de la gestion générale était assurée dans le cadre du syndicat des « Vergers d'Aquitaine » qui regroupait 700 hectares de vergers sous une même direction générale. Monsieur Germain contrôlait cinq affaires agricoles dont le S.C.I du domaine de Nolet, sous l'appellation « Vergers d'Aquitaine ». Elles étaient juridiquement indépendantes les unes des autres. Depuis les années 80, Madame Chini-Germain savais que le modèle économique du domaine était dépassé et révolu, en dépit de tous les efforts de diversification. Après  le gel de 1991, son rôle a été d'essayer d'atterrir le plus en douceur possible en essayant de ménager les intérêts de tous. Que pouvait-t-elle bien faire d’autre pour sauver ce que son père avait pressenti trente années auparavant?Catherine Germain faisant face à un problème financier, elle se sépara non sans peine du domaine de Nolet.

 

          La cessation de l’activité et le chant du cygne de Nolet (1996-2012)

 

            L’arrachage des arbres commença en 1991 et la liquidation du domaine en 1994. Il y eut deux étapes pour la vente des biens, en commençant par la vente de gré à gré et ensuite par une vente aux enchères du mobilier du château et des machines agricoles du domaine. Le domaine est démembré en plusieurs parcelles de terrains qui sont mis en vente à des prix compétitifs. Nolet connaît là un déclin terrible et il m’a été rapporté qu’une partie de la vente aux enchères a eu lieu dans le parc de Nolet. Certains se souviennent des gros efforts de Catherine Chini-Germain et Monsieur Guardiola, le comptable du domaine de Nolet pour maintenir l’activité du domaine.  Certains se souviennent des photos et des cartes postales du domaine de Nolet dédicacées par Jean Dieuzaide et disposées en vrac dans un carton ou encore un tableau du château qu’elle offrit à un stagiaire de Nolet.

Madame Germain a  gardée le souvenir d'une aventure de vie professionnel et privée extraordinaire. Encore aujourd’hui, la période Germain bouleverse et enthousiasme ceux qui ont connu la période Germain et beaucoup en reparlent empreint de nostalgie : les Noël organisés au château, le parc et ses cygnes, le pigeonnier, les animaux, les cités-jardin... Malgré le temps, l’histoire nous rappelle qu’il y a toujours un après mais soyez en sûr le XIXème et XXème siècle à Nolet fût certainement une des plus fabuleuse et intense période en émotions et marquera à jamais de son empreinte l’histoire d’Aucamville et de Grenade.

            Peu de temps après, la famille Cantoni rachète le château mais ne pouvant faire face financièrement aux frais de travaux que nécessitaient les toits des hangars et du château touchés par la tempête de 1999, ils jetèrent également l’éponge. Les propriétaires voulurent s’en défaire, mais le château fût saisi par une banque suisse. En 2007, un ancien promoteur agissant pour des commanditaires fait une offre pour le racheter. Un autre projet visait la restauration des bâtiments du hameau mais aussi la création d’une grande maison de retraite. Les médecins porteurs du projet sont originaires de Marseille. La balle était dans le camp du Conseil Général du Tarn et Garonne qui devait donner son accord pour la réalisation d’un tel investissement à proximité immédiate de Grenade. Le maire d’Aucamville était « favorable à ce projet » selon le promoteur. Pourtant selon le PLU[1], cette zone devait être réservée à une zone verte. Ce projet ne verra jamais le jour. Jusqu’en 2012, le château resta en triste état et inoccupé par le propriétaire de l’époque (une banque suisse). La négligence et le vandalisme ont eu raison de cette demeure, pillée de ses cheminées en marbre noir, brun et nacré dernier vestige, symbole de la période du Second Empire du château de Nolet.

 


[1]PLU : Plan Local d’Urbanisme

 

La renaissance du château au début du XXIème siècle

 

             Eprouvé par de nombreuses années d’abandon et vidé de son contenu, il est acquis en octobre 2012. La demeure appartient aujourd’hui à Christian Joubert, un entrepreneur dynamique de la région niçoise associé avec sa sœur Catherine et leur conjoint respectif. Tous deux ont été sensibles à la qualité architecturale de leur acquisition et désireux de le restaurer entièrement, parc compris, d’en faire un lieu de passage incontournable pour tous les amoureux et visiteurs de la région. Les heureux propriétaires m’ont confié : « ce n’est pas nous qui avons choisi le château mais bien le château qui nous a choisi ». Concernant le jardin, ils ont entrepris de le réhabiliter en y plantant de nombreuses espèces exotiques à la mode du XIXème siècle et semblables aux plantations d’origine du domaine.

Travaux de réabilitation du château par la famille Joubert-Melotte en 2013

Travaux de réabilitation du château par la famille Joubert-Melotte en 2013

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jacques segarra 28/05/2013 16:03

Je vois que le plus imposant des arbres du parc (cèdre du liban ou autre espèce) n'est plus là . Est ce une disparition récente ? autre temps, autres moeurs. témoin de nombreux souvenirs d'enfance. Il est vrai que le château semble mis plus en valeur ainsi. réjouissons nous aussi de cette renaissance.

Lisa JOUBERT 11/10/2017 00:23

non non, pas d'inquiétude le cèdre de Liban est toujours à sa place, il ne fait pas partie de ceux qui sont tombés suite aux diverses tempêtes... en tout cas on essaie de préserver ceux qui résistent. Bien à vous. Lisa JOUBERT

À propos

Mémoire du domaine de Nolet à Aucamville dans le Tarn-et-Garonne